Publié le Mercredi 8 Janvier 2014 à

Régions > Tournai > Actualité

Wallonie picarde: «Nous ne sommes pas des boîtes à Français», disent les directeurs des foyers pour handicapés

Daniel Foucart

La ministre française déléguée aux personnes handicapés a déclaré la semaine dernière être choquée par la manière dont sont traités les handicapés français dans les institutions belges qu’elle qualifie même de « boîtes à Français ». Le journal « le Monde » n’y est pas allé de main morte non plus  : un reportage dénonce les conditions d’hébergement sur foi d’un témoignage d’une famille française. Mis en cause, l’Espéranderie de Bon-Secours et la résidence « le Partage » à Estaimpuis s’insurgent contre les amalgames. Elles s’occupent bien mieux des Français que ne peuvent le faire les institutions françaises elles-mêmes, peu nombreuses et sous-équipées.


L’Espéranderie a toujours accueilli des handicapés français et s’étonne aujourd’hui de la polémique.

Bernard Libert

L’Espéranderie a toujours accueilli des handicapés français et s’étonne aujourd’hui de la polémique.

La Belgique a toujours été montrée en exemple pour la qualité des soins et du suivi qu’elle dispense aux personnes handicapées. En 2005, un rapport du ministre français de la Santé louait même l’approche belge du handicap “ moins médicalisée ”. La sortie, la semaine dernière, de la ministre française Marie-Arlette Carlotti et le reportage du « Monde » ont de quoi étonner. La situation s’est-elle détériorée en une dizaine d’années à peine ? Tous nos interlocuteurs belges ne nient pas que devant la demande française, la Wallonie, et plus particulièrement la Wallonie picarde, a vu naître des établissements qu’un directeur d’une institution reconnue qualifie de « petites usines » créées sous forme de sociétés anonymes, plus difficilement contrôlables, dont le but est clairement de faire de l’argent avec les subventions françaises.

Mais cela reste l’exception, car la plupart des foyers d’hébergement sont dotés d’une bonne réputation. « Pourquoi, croyez-vous, que nous avons eu 273 demandes d’inscription en 2013 ?  » fait remarquer Louis-Philippe Bourdon. Il est le directeur de l’Espéranderie à Bon-Secours, une institution étonnamment pointée du doigt par « le Monde », alors qu’elle existe depuis 1967 exclusivement au service des Français. Le célèbre quotidien cite une famille qui voulait y placer leur fille. Elle dit avoir découvert « des zombies, shootés aux médicaments, assis toute la journée, couchés à 18h30 ». « C’est un article exclusivement à charge alors que la journaliste n’est même pas venue chez nous », déplore le responsable de l’institution. « La présence des handicapés est une problématique que je connais depuis 33 ans. Pourquoi les Français viennent chez nous ? Parce que la qualité des soins psychiatriques est meilleure. Nous avons ainsi 12 médecins, notre propre officine pharmaceutique, etc. Les Français préfèrent cacher leurs handicapés lourds. Leurs institutions se trouvent dans les forêts, loin des regards. Chez eux, le prix par journée peut grimper jusqu’à 2.000 euros alors qu’il est de 165 euros chez nous ».

Louis-Philippe Bourdon cite un autre exemple de la différence de traitement de par et d’autre de la frontière  : il a hébergé 62 patients en juillet et en août parce que les établissements français, où ils étaient, fermaient en été. « J’ai ainsi pu aider ces familles qui étaient dans le désarroi », dit-il.

Une autre institution de Wallonie picarde est pointée du doigt par l’enquête du « Monde » : « le Partage », un foyer d’hébergement dont la capacité d’accueil est de 59 lits à destination des Français. Le journal français cite toujours la même famille française qui après avoir tenté de « placer » leur fille à l’Espéranderie de Bon-Secours, a visité l’institution située à Estaimpuis. La description est apocalyptique : « Les résidents étaient les uns sur les autres. Vingt-quatre personnes dans une cinquantaine de mètres carrés de salle commune ! En tout, avec le personnel, ils étaient trente-six. » Et si on en croit le récit, les résidents seraient nourris quasi exclusivement au pain de mie.

« Faux ! Archifaux », déplore le directeur Geoffrey Vanbout, qui sourit presque devant une telle énormité : « Quand on évoque 12 membres du personnel pour 24 personnes, c’est presque de la publicité »… Il ne comprend pas un tel article alors que la fille n’a passé que quelques heures dans son institution : « C"était malheureusement un cas beaucoup trop lourd pour notre foyer qui accueille des personnes capables d’autonomie. Nous l’avons accueillie parce que nous avons aussi des personnes atteintes du syndrome de Prader-Willi, mais elle présentait d’autres troubles qui exigeaient deux personnes à temps plein à ses côtés. Ce n’était pas possible ». Geoffrey Vanbout rappelle la qualité de l’encadrement : deux services traiteurs, huit camionnettes pour transporter les résidents aux activités extérieures, etc. Et un médecin qui passe tous les jours. Avec une anecdote : « nous avons accueilli récemment une Française passionnée par la marche, mais qui s’arrêtait au bout de 50 m. Notre médecin a décelé une fracture que n’avait pas vue l’institution française où elle était placée ».

Notre dossier complet dans notre édition du mercredi 8 janvier

Faites de nordeclair.be la page d'accueil de votre navigateur. C'est facile. Cliquez-ici.

Nos partenaires vous proposent