L’entraîneur du Standard se dévoile: «J’ai débuté en étant payé au spectateur!»

Interview exclusive
Philippe Montanier
: «
Le hasard m’a permis d’être entraîneur
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Philippe Montanier : « Le hasard m’a permis d’être entraîneur »

Nous sommes en plein cœur de la préparation pour les joueurs de Philippe Montanier. Nullement pressé, le mentor liégeois s’avance et se dévoile, à travers un parcours rempli de joies, de surprises et de victoires. Des premiers succès glanés dans la peau d’un gardien de but dès le plus jeune âge. « Je n’ai rien inventé, j’ai juste suivi les traces de mon père et de mon frère. Je courais vite donc je trichais parfois en étant ailier droit dans une autre catégorie d’âge (rire). Le poste de dernier rempart chez les gamins, ce n’est pas toujours marrant. Soit t’es dans une super-équipe et tu fais rien, soit t’es dans une formation de bras cassés et tu prends des crêpes chaque semaine. Mais comme j’adorais regarder des gardiens à la télé, j’ai continué ».

Au point de décrocher un contrat pro. « Je le signe à 23 ans, trois ans après avoir intégré le noyau A de Caen. Je venais d’un club amateur et je n’avais jamais connu de centre de formation. Au début, j’étais payé au spectateur, tout en poursuivant mes études. En toute franchise, je ne me suis jamais vu dans la peau d’un pro ou d’un titulaire. Tout s’est toutefois enchaîné très rapidement quand on m’a fait confiance alors que Caen n’allait pas bien. Le foot est une question de moments et de rencontres. Je jouais pour la performance et non en fonction du salaire. Cela m’a bien réussi et j’ai pu vivre de grands moments en tant que joueur ». Le tout à un poste aussi spécifique qu’atypique.

« Il n’y a rien de plus individuel sur un terrain. Cela étant, nous sommes souvent les plus fédérateurs dans un noyau. Et puis, nous dirigeons la défense, ce qui laisse penser que nous avons une longueur d’avance sur les autres quand nous désirons devenir coach. Mais je vois rarement des gardiens réussir un grand parcours d’entraîneur. C’est assez paradoxal finalement… »

La Une du Standard Magazine de ce mercredi 5 aout.
La Une du Standard Magazine de ce mercredi 5 aout.

« Un entraîneur n’est rien sans ses joueurs »

La formation colle à la peau de Philippe Montanier. Tout le monde lui en parle, surtout quand il peut se targuer d’avoir vu éclore des talents du calibre d’Antoine Griezmann ou Ousmane Dembélé. « On me parle souvent d’eux mais je n’ai pas de recette à donner pour expliquer leur éclosion. Quand t’as du talent, t’as du talent, que dire de plus ? » L’humilité est toutefois rapidement éclipsée par une saine explication. « En fait, le rôle d’un coach dans l’éclosion des talents est relatif. Certes, nous leur offrons des clefs, nous les conseillons et nous nous efforçons de les faire progresser. Mais nous ne sommes qu’une parenthèse dans leur carrière, il n’est donc pas opportun de faire le malin ou d’en parler sans arrêt. Antoine, Ousmane et d’autres, j’ai eu la chance de les voir exploser mais si cela n’avait pas été moi, un autre aurait eu la même aubaine. Le foot est une question de temporalité, de dépendance et de tradition. Si tu veux organiser un match de foot dans la journée, tu sonnes à des potes, tu trouves un terrain et c’est parti. T’as pas besoin de coach pour que ça marche... L’entraîneur, lui, n’est rien sans les joueurs ». Un bête exemple en guise de vérité, renforcé par ses études de professeur d’éducation physique. « Cette partie de ma vie m’a permis de comprendre l’importance de la notion de transmission. J’apprécie de bosser avec les jeunes car ils représentent la matière première, celle qui possède une immense marge de progression mais qui se doit d’être encadrée par les conseils des plus anciens ».

« Le hasard m’a permis d’être entraîneur »

Le nouveau coach des Rouches affiche 36 printemps quand il décide de raccrocher les gants. Très rapidement, il reçoit l’appel d’une vieille connaissance. « Robert Nouzaret, l’homme qui m’a lancé dans les cages, cherchait un adjoint qui serait entraîneur spécifique des gardiens. L’estime a toujours rythmé nos aventures donc j’ai dit oui sans hésiter. Un peu comme pour mon arrivée dans le monde pro, je devenais coach malgré moi, par hasard. Au fil du temps, j’ai endossé de plus en plus de casquettes, notamment celle d’analyste vidéo. J’étoffais donc ma palette auprès d’un homme intelligent, ce qui est forcément un plus. Je ne cherchais pas la lumière ou la reconnaissance et je profitais de chaque instant. En clair, je n’ai jamais fait de plan de carrière. Je marche au feeling ». Avec le volet humain en guise de critère indispensable.

« Quand je signe quelque part, c’est forcément pour un projet, imaginé par des personnes bien précises. Si j’adhère à ce rêve, c’est parce que j’ai une connexion cérébrale avec ceux qui veulent concrétiser les choses. Ma carrière est partie de rien, mais elle s’est avérée fructueuse, très certainement parce que j’ai pris le temps de poser mes choix. J’ai refusé des offres, parfois prestigieuses, car je ne sentais pas le truc, tant émotionnellement qu’au niveau purement humain. Se lancer dans une mission qui ne vous attire pas, c’est un peu la définition d’un échec annoncé non ? »

Photo News
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« La beauté du foot amateur se situe dans son authenticité »

Les aventures du tacticien lui ont permis de vivre des moments atypiques mais déterminants. « On me demande souvent si j’ai bien fait de dire oui à Boulogne et je réponds toujours par l’affirmative. Je venais de vivre 20 années dans le monde pro et je débarquais dans une équipe d’amateurs, pour qui le foot n’était pas la priorité. Je comprenais tout à fait ce sentiment, qui plus est quand on bosse pour nourrir sa famille. J’ai toutefois pris le contre-pied en leur disant que je les considérais comme des pros et que j’avais besoin d’eux pour confirmer cette idée. Ce fut le déclic car les joueurs des niveaux inférieurs adorent ce genre de traitement. Pendant 5 ans, j’ai eu la chance de me tester au sein d’un immense laboratoire ». Un lieu pour former une alchimie digne des plus beaux contes de fées.

« Nous avons commencé par une centaine de spectateurs, pour ne pas dire les proches et les amis des gars. Puis, au fil du temps, nous étions devant 8.000 personnes avec un bruit pas croyable autour de nous. Chaque joueur était un héros dans la ville et il fallait que je canalise les choses. J’enfermais presque le groupe après un grand succès, sinon il aurait retourné le centre à grands coups de boissons. Comment aurais-je pu blâmer des gars qui avaient tant donné pour adhérer à mes idées ? J’ai dédoublé certaines séances d’entraînement, j’en ai repoussé d’autres jusque 21h, juste pour avoir un max de présents et correspondre aux divers horaires de travail. Le foot amateur est beau car il est vrai et sans artifice. On ne triche avec personne mais encore moins avec ceux qui se sacrifient. Une approche qui nous aura permis de passer de CFA en Ligue 1 via diverses montées ».

Des soirées aux côtés de Platon et Guardiola

Le foot de Philippe Montanier rime avec passion, professionnalisme et rigueur. Il demande donc énormément de temps, ne laissant que peu d’espace pour d’autres passions. Quoique…

« Je suis un curieux de nature, qui aime l’inconnu car il te force à t’adapter. Pour m’aider, j’adore me plonger dans des essais ou des réflexions. Je dévore des livres et, dernièrement, j’ai lu « Le Banquet de Platon » ainsi que certaines œuvres de Machiavel. Mon esprit s’évade et tente de faire des liens entre les éléments. J’estime même que la psychologie ouvre des portes magnifiques au niveau du foot, tant dans les relations que les moyens de les construire. Maintenant, et vu que le ballon rond constitue une passion sans limite, je parcours les livres de Guardiola, Allegri ou ces entraîneurs qui ont révolutionné l’aspect du jeu… »

En d’autres termes, les méninges sont toujours en ébullition. « Je suis aussi prof d’économie, j’ai un Master en gestion et j’ai eu la chance de donner un coup de main à Clairefontaine pour les sélections nationales U16 à U20. Je consacre toute mon énergie dans mon métier, dans le sport mais également auprès de ma femme et de ma fille. Il est essentiel de trouver son équilibre et j’espère que le Standard va m’offrir ce que j’adore… »

Une interview exclusive de Standard Magazine.
Une interview exclusive de Standard Magazine.

« Il m’arrivait de gagner 4-0 et de sortir sous les sifflets du public »

Le curriculum vitae de Philippe Montanier se veut aussi long qu’un bras. Amateur de défis et de découvertes, il lie sa destinée à celle de la Real Sociedad le 4 juin 2011. Une signature qui a parfois versé dans le cauchemar.

« Il m’arrivait de gagner 4-0 à la maison et de sortir sous les sifflets du public. Je n’étais pas désiré par les gradins, je ne l’ai jamais été d’ailleurs… À ce niveau-là, j’ai connu un long enfer de dix-huit mois. La mentalité basque est bouillante, elle sait donc se faire entendre. À mon arrivée, l’équipe sortait d’un maintien glané à la dernière journée, via un partage sur le fil. J’avais donc pour objectif d’améliorer les choses, ce que j’ai réussi à réaliser à cinq journées du terme. Nous finissons douzième ou treizième et je sors des gars de la trempe d’Antoine Griezmann et Asier Illarramendi, vendu dans la foulée au Real pour une énorme somme. C’était donc très bien mais pas assez aux yeux de certains ».

Une saison plus tard, ces mauvaises langues perdent leur salive quand le coach parvient à qualifier ses couleurs pour la prestigieuse Ligue des champions. « Nous avions pourtant très mal commencé et cela chauffait dans les oreilles. Puis, en janvier, nous battons le Barça, invaincu depuis des lustres. C’était la folie car personne ne croyait en ce résultat avant le coup d’envoi. Nous enchaînons, nous prenons des points et nous commençons à espérer. L’irréel finit par se réaliser, via une qualification pour la C1, avec parfois onze titulaires issus du centre de formation ».

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La Famille des Rouches satisfaite de l’entrée de Fornieri dans le capital du Standard

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François Fornieri, fondateur de la société pharmaceutique Mithra, est entré, ce lundi, au capital du Standard de Liège et est devenu le coadministrateur délégué avec Bruno Venanzi, qui en reste le président.

Cette nouvelle, la Famille des Rouches, représentant l’ensemble des clubs de supporters officiels du Standard, l’a très bien accueillie. Ce mardi, elle a d’ailleurs adressé un communiqué de presse afin de souligner sa satisfaction. « Les représentants des clubs de supporters tiennent à souligner le travail accompli par l’ensemble de la direction mise en place depuis le rachat du club par Monsieur Venanzi et l’en félicitent », indique le communiqué. « L’arrivée de Monsieur Fornieri marque un pas supplémentaire dans ce travail de fond. Elle est accueillie à la fois chaleureusement et positivement compte tenu des liens entretenus avec notre club. Cette arrivée fortifie encore davantage l’ancrage belge, et surtout local, aux côtés du Matricule 16. »

« Des moyens à la hauteur des ambitions »

« L’entrée en lice d’un tel investisseur et l’augmentation du capital qui en découle permettront sans aucun doute, à notre club d’assurer une stabilité financière indispensable. Sans être catastrophique, celle-ci aurait pu pâtir gravement de cette pandémie qui accable l’ensemble des citoyens, le monde entrepreneurial et qui nous tient éloignés des stades depuis plusieurs mois. Cette nouvelle association cumulée aux précédentes actions de notre direction est sans nul doute de très bon augure pour la pérennité de notre club. Elle permettra, à court terme, de disposer de moyens financiers à la hauteur des ambitions de la Direction, du Staff et de l’ensemble des supporters du Royal Standard Club de Liège. »

Foot amateur et chez les jeunes

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